Serre à tomates chauffée par les gaz d'un site d'enfouissement et marché du carbone
| Region(s) | Québec, Canada |
|---|---|
| In domains | Réduction des gaz à effet de serre, Secteur agricole |
| Participants | Les Serres du Saint-Laurent Inc |
Résumé
Un nouveau complexe de serres a été construit à Saint-Étienne-des-Grès en 2007. Le complexe de 5 hectares favorise l'utilisation d’une source d'énergie propre qui contribue à atténuer l’émission de gaz à effet de serre (GES) qui aurait résulté d’une utilisation d’énergie traditionnelle.
Le complexe de serres est chauffé par les biogaz issus d’un site d’enfouissement sanitaire attenant et appartenant à la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie. Celle-ci a transféré à la compagnie les droits exclusifs de propriété sur les crédits de CO2 générés par le projet ainsi que le droit de les commercialiser sur le marché du carbone. L’application de cette technologie permet en effet de générer des crédits de carbone volontaires.
Deux avantages pour le climat découlent de cette pratique : i) la captation du méthane du site d’enfouissement évite à celui-ci de se trouver dans l’atmosphère ; ii) le biogaz recueilli comme source d’énergie thermique remplace un carburant fossile (gaz naturel).
L'énergie provient du biométhane (CH4) généré par la décomposition des déchets organiques que l’on retrouve dans le dépotoir de la localité. Il s'agit d'une première dans ce type d'industrie. Ce qui a aussi été innovant est l’intégration du projet dans le contexte du marché du carbone.
Outre le projet de captage du biogaz, le complexe, au lieu d’utiliser un film de polythène, est recouvert de verre trempé. Elle est en plus dotée d’une toile thermique. Ces deux technologies qui permettent d’économiser l’énergie pendant la nuit.
Mise en place
Grandes étapes de mise en place d’un projet pouvant générer des crédits de GES : 1) Développement du projet (idéation); 2) Étude de faisabilité et d’éligibilité; 3) Choix d’une méthodologie de réduction de GES appropriée ou développement d’une méthodologie (Association canadienne de normalisation et normes de comptabilité et gestion du carbone (ISO 14064-1, 2, 3)); 4) Développement d’une note d’idée de projet (PIN); 5) Développement du document descriptif de projet (PDD); 6) Validation; 7) Négociation du contrat d’achat des crédits; 8) Sélection d’un registre et enregistrement; 8) Mise en place d’un système de vérification continu et certification; 9) Vente des crédits de carbone par l’entremise d’un courtier.
L’étape du développement d’une méthodologie est cruciale. La méthodologie définit en détails comment le projet doit être monté. La méthodologie définit en outre les termes d’enregistrement ainsi que les principaux paramètres physiques qui doivent être mesurés. On parle, dans le cas du captage de biogaz, de débits du gaz capté, de température du gaz capté ainsi que d’une série de paramètres physico-chimiques qui seront enregistrés en continu. Le tout de sorte à ce que les crédits soient valides pour fins de vente.
Le gouvernement du Canada et du Québec ont versés des contributions importantes pour les frais associés à la construction d'une canalisation souterraine, d'une station de compression et d'une alimentation en eau pour la serre.
Les promoteurs intéressés doivent savoir que le plan écoACTION du Gouvernement Canadien investit plus de 3,6 milliards de dollars dans les initiatives écoENERGIE visant à rendre l'énergie propre plus accessible et plus abordable.
Défis rencontrés
Frais important en immobilisation pour la compagnie : le complexe de serres de 18 millions de dollars. La compagnie bénéficie toutefois de subventions gouvernementales au fédéral et au provincial qui ont respectivement contribué 4M$ et 2,1M$. Les frais encourus par la Régie de gestion des déchets sont aussi très importants pour une petite localité.
Difficultés techniques sans l’apport d’experts externe pour mesurer le volume de réduction potentielle des émissions.
Tout projet qui est susceptible de générer des crédits de carbone doit établir une ligne de référence qui puisse démontrer l’additionnalité du projet. i.e. qu’il entraîne une réduction de GES qui dépasse ce qui se serait produit sans que celui-ci soit mis en place. Pour établir ces lignes de références, on utilise souvent la réglementation environnementale en vigueur. Dans le cas actuel il a pu s’agir du Règlement sur les déchets solides et du Règlement sur l’enfouissement et l’incinération de matières résiduelles. Cette information n’ayant pu être vérifiée auprès de la compagnie, il est probable que le site d’enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès ne soit pas obligé légalement de capter ou d’éliminer par torchage le biogas présent. En somme, la compagnie, pour commercialiser les crédits de carbone qui représentent l’essentiel du rendement sur investissement, a dû faire la preuve de l’additionnalité de son projet.
Le rendement sur investissement n’arrive pas nécessairement la première année (les crédits de carbone se transigent sur de nombreuses années).
Diverses étapes supplémentaires doivent ensuite être franchies pour commercialiser les crédits. Comme les règles de fonctionnement du marché du carbone demeurent encore récentes et que les démarches procédurales sont assez complexes, un promoteur de projet de réduction de GES doit faire appel à l’apport d’experts externes.
Résultats
Le projet s’avère bénéfique pour la compagnie, les résidents de la communauté avoisinante du lieu d'enfouissement (réduction des odeurs) et pour l'environnement.
Au plan environnemental, le captage du biométhane permet une diminution des émissions de GES qui correspond à environ 56 000 tonnes de CO2 par année.
De plus, il y réduction de polluants atmosphériques toxiques comme les composés de chlore ou d’ozone. Ceci à un impact positif sur les écosystèmes locaux et sur la santé des résidents des communautés locales.
Il est prévu que les crédits de CO2 générés rapportent un rendement qui va compenser pour l’investissement.
Plus de 200 nouveaux emplois directs avec le nouveau complexe.
La nouveau complexe permet d’augmenter la production et d’augmenter la présence de la compagnie sur le marché Américain.
Autres exemples
De nombreuses installations canadiennes utilisent les gaz d’enfouissement pour produire de l’électricité et du chauffage. Le site Internet d’Environnement Canada fournit une liste de projets dans sa section « Gestion des déchets / Les gaz d'enfouissement ».
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